« Sexe, macarons, et rock’n’roll » @Camille Emmanuelle

La chronique érotico-culturelle de Camille Emmanuelle

Cet article a été publié sur LorenzodeParis.com

sexe macarons

 

Il y a des moments, dans la vie d’une chroniqueuse de l’érotisme, où on se bat pour une interview. Je rêvais depuis longtemps d’interviewer un(e) chef cuisinier. Plaisirs de la bouche que j’associe, indiscutablement, aux plaisirs du vin et aux plaisirs sexuels.

Quand on me parle de Guillaume Sanchez, chef pâtissier, meilleur apprenti de France en 2006, qui a travaillé pour Pierre Hermé, Fauchon, Ladurée, Dalloyau et Delmontel, et qui est tatoué de la tête aux pieds, je sens mon cœur de piquée s’emballer. Gastronome et rock’n’roll : miam. Je fais des rêves à base d’éclairs aux chocolats et d’hirondelles, de tiramisu et de sirènes, de religieuses et de pivoines rouges (oui, ben ce sont des rêves, on ne leur demande pas d’être cohérents, juste chouettes). Puis j’apprends l’âge du prodige. 22 ans. Ouch. Coup de ieuv. Quand après mes études je montais travailler à la capitale et découvrais avec gourmandise les pâtisseries parisiennes, il rentrait en sixième… Depuis il a fait du chemin, le jeune homme. Il est aujourd’hui entre Paris et Londres, où il va ouvrir deux nouveaux Horror Picture Tea, mi salons de thés, mi salons de tatouage, vient de faire la carte d’un food truck, travaille pour Colette, etc etc. Pas facile de le joindre, mais à force de smileys sur Facebook (car je sais m’adapter), je le convaincs de me rencontrer. Rendez-vous pris à 15h chez Ladurée, sur les Champs Elysées. Je le retrouve au bar, facilement repérable au milieu de la clientèle de touristes et de cadres supérieurs. Il commande un « Elysée », et moi un millefeuille. Le millefeuille est un choix assez courageux de ma part: je prends le risque d’avoir plein de caramel sur les dents, et donc de ne plus pouvoir poser mes questions. Il est par ailleurs très difficile de le découper sans le massacrer. « Tu le retournes et tu le mets de côté », me conseille Guillaume. Ah oui, c’est mieux. Après deux bouchées, je me lance.

La pâtisserie rock, c’est quoi ? Un éclair avec une tête de mort dessus ?

Non. C’est la liberté de créer ce que l’on veut, de bosser avec des gens tarés et talentueux, et aussi, pour moi, le choix de quitter les cuisines, pour pouvoir enfin me lever à 10h le matin.

Tu dirais que ton métier est sensuel ?

Je crée des choses que les gens se mettent avec plaisir dans la bouche, donc oui ! Et puis toutes mes créations ont un rapport avec les femmes. Soit une rencontre, soit une rupture. Un nom de gâteau va par exemple s’inspirer d’une fille dont je tombe amoureux.  Et je tombe souvent amoureux.

Est-ce qu’il y a des pâtisseries plus érotiques que les autres ?

Le macaron. C’est quelque chose d’habillé, d’élégant, mais aussi de furtif et d’intense. Tu le découvres, mais tu le dégustes en une bouchée, il faut donc que le plaisir fonctionne tout de suite. Comme un flirt que tu emmènes directement dans les toilettes d’un bar.

C’est un peu le quickie de la pâtisserie, en fait. Et que penses-tu du mélange sex and food, genre je te tartine de crème chantilly en préliminaire ? Enfin je ne parle de toi, de te tartiner, hein, je parle en général (rire gêné)

Je trouve cela ridicule et inutile. Et un peu crade aussi. Moi je suis plutôt, malgré ma spécialité, porté sur le salé. Et je ne me vois pas mettre de la lasagne sur le corps de ma copine.

Attention, cliché ! Femme gourmande dans la vie, femme gourmande au lit ?

Non, pas forcément, j’ai déjà rencontré des filles qui n’aimaient pas spécialement manger, mais qui aimaient le sexe.

Et les filles que tu rencontres te demandent de leur faire à manger ?

Oui, mais juste pour vérifier que je ne raconte pas des conneries, que c’est vraiment mon métier !

J’observe, dans les salons de thé, de vieilles dames qui mangent plein de pâtisseries, avec un air gourmand, qui dit: « à présent je m’en fiche de ma ligne, j’en profite ».  La gourmandise, ça rime avec lâcher prise, non ?

Oui, mais je pense que même les femmes plus jeunes commencent à être plus à l’aise, avec cela. Sans tomber dans les excès, elles s’autorisent plus de choses. On est en train, de sortir, un peu, du culte de la minceur, voire de la maigreur. C’est une bonne nouvelle.

Un dessert à recommander pour un premier rendez-vous? Pour après le sexe ? Pour une rupture ?

Pour un premier rendez-vous, j’en parlais tout à l’heure, un macaron. Pour après le sexe, il faut quelque chose de consistant. Voire d’un peu régressif. Des crêpes ou des gaufres au Nutella. Après une rupture, soit la diète, soit quelque chose de bien industriel, pour se faire un peu de mal. Des Oreo. Et des chips.

Tu as des tatouages avec des gâteaux ?

J’ai une religieuse sur le doigt, un couteau et un fouet de pâtisserie sur mon cou, une fourchette au coin de l’œil.

Tu serais devenu plombier, tu te serais fait tatouer un robinet ?

Oui, je suis assez con pour cela.

Sérieusement, tes tatouages, dans le milieu de la pâtisserie, ça t’a permis de te faire remarquer, non ?

C’était très mal vu quand j’étais dans les cuisines. C’est assez militaire, comme milieu, il faut rentrer dans la norme. C’est pour cela que j’en suis parti. Alors oui, aujourd’hui, clairement, ça fait partie de mon personnage, mais je travaille sur de vraies créations, je ne fais pas que de la com.

Tu veux dire que tu ne fais pas que du flan ?

Haha (rire forcé)

Hum, revenons à l’érotisme.  Sade, dans la Nouvelle Justine, fait dire à un de ses personnages : « Après les plaisirs de la luxure, il n’en est pas de plus divins que ceux de la table ». Tu mettrais les plaisirs dans quel ordre, toi ?

Dans le même ordre. D’autant plus que je ne suis pas un gourmet. Je mange très peu. Je travaille à l’odorat, et j’observe beaucoup les gens, quand ils mangent. Je peux créer des pièces comme de l’ananas à la moutarde, ou des tartes au citron avec une émulsion iodée, sans les goûter. Je fais confiance à mon instinct, mes connaissances, et jusqu’ici je ne me suis pas trompé. Le rapport amoureux doit selon moi fonctionner de la même façon : de l’instinct, des envies, de la liberté, pas d’hésitations ! 

Et euh, sinon, en parlant d’envie, on va finir nos desserts, là, non ?

Mais oui. On est aussi là pour cela, pas seulement pour l’interview. Cela me rappelle qu’un jour une journaliste est venue au premier Horror Picture Tea, et j’ai fait une blague nulle, qui est assez mal passée.

Vas-y, balance, je ne m’offusque de rien

Je ne fourre pas que des religieuses.

Camille Emmanuelle

A lire : le très bon roman érotique d’Octavie Delvaux, aux éditions de la Musardine : Sex in the Kitchen.

 

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