« Sexe et bigoudènes » @Camille Emmanuelle

La chronique érotico-culturelle de Camille Emmanuelle

Cet article a été publié sur LorenzodeParis.com

sexe et bigoudène

La rentrée. Ce moment social avec ses phrases et ses questions qui reviennent chaque année : « dis donc tu es bronzé(e) toi», « pas trop dur le retour ? », « moi je pars en septembre, il y a moins de monde », « Paris en août, c’est cool », « il faisait beau ?», « t’as pécho ? ». Et puis la fameuse question clé : « t’étais où ? ». Selon votre réponse, vous aurez des regards plus ou moins envieux. Si vous répondez « en Bretagne », vous aurez une fois sur deux la chance d’entendre cette blague hilarante : « et il n’a pas trop plu ? hahahahaha ». Je suis bretonne 100% pur beurre, depuis des générations. Petite je faisais de la danse bretonne, avec la coiffe et tout, et j’ai découvert ce qu’était l’huile d’olive à 18 ans. J’aimerais, aujourd’hui, pouvoir dire halte aux clichés. Oui, halte. Halte au crachin, aux alcooliques, au pâté Hénaff, aux cirés Cotten, et aux stages d’optimistes pendant lesquels il y a toujours un moment où on n’entend pas l’injonction « bôme à bâbord !» et où on se prend cette bôme en pleine tronche. J’aimerais tellement, la prochaine fois qu’on me fait la blague de la pluie, répondre à mon interlocuteur farceur que j’ai passé mes vacances dans la région la plus érotique de France. C’est pourquoi quand un ami m’offre, cet été, un essai collectif intitulé « la Bretagne érotique », je suis toute contente.

Bon. Pour mon plus grand malheur, l’ouvrage est très mauvais. On découvre en couverture une photo très subtile : des fesses tatouées d’un drapeau breton. La quatrième de couverture annonce la couleur: « Qui dirait la Bretagne érotique ? Qui dirait que, depuis quarante siècles, une transe sensuelle anime L’Armor et L’Argoat ? » Oui c’est vrai ça, qui ? Je lis l’ouvrage dans son intégralité, bibliographie, remerciements,  et code ISBN inclus, et je n’y trouve aucune information probante sur l’érotisme de l’Armorique. Le livre est une suite de chapitres traitant de sujets divers : les légendes celtes (Arthur, Merlin et cie), l’histoire de Gille de Rais, un serial killer du Moyen Age (mmmh, sexy…), les bars à putes de Brest, et Colette, qui, truc de ouf, avait une maison de vacances en Bretagne. Au sein de ces chapitres, les auteurs font des raccourcis (Menhir = symbole phallique), et élaborent des théories tirées par les cheveux. Un exemple : les femmes étaient autrefois interdites sur les bateaux, donc cela veut dire que les bretonnes étaient particulièrement sensuelles. Mais oui bien sûr. Et si on a interdit de vote les femmes pendant des siècles, c’est parce que les isoloirs sont des lieux de dépravation, c’est connu. Je trouve tout de même trois intérêts à cette lecture. Premièrement on y apprend des choses sur l’histoire de la Bretagne. Toujours utile lors d’un dîner mondain dans une crêperie. Deuxièmement il y a, à la fin, un dictionnaire du sexe breton. Amoureuse de l’argot et des expressions surannées, je me régale. Les images sont très… comment dire… bretonnes. Le sperme se dit laezh anduilhen, c’est à dire lait d’andouille. La capote, c’est une poch-koef, un couvre coiffe. On y découvre aussi de jolis adages, comme celui-ci sur la vieillesse: vid ma krized eun aval mad, na n’eo ked kolled e hwez vad (une bonne pomme, aussi ridée soit-elle, ne perd pas son parfum). Et enfin il est très pertinent de lire ce livre, ostensiblement, à la Gare Montparnasse, ou dans le train Paris-Lorient. Pour attirer le beau marin, ou la jolie finistérienne, cela peut être très efficace.

Cette chronique « nos régions sont formidables », à la Jean-Pierre Pernaut, m’a donné des idées. Dans la prochaine, je vous parlerai du Limousin coquin, du Nord-Pas-de-Calais gay, du Languedoc-Roussillon polisson et du Poitou foufou.

Kenavo,

Camille Emmanuelle

La Bretagne érotique – Eros, la Bretagne et les Bretons. Sous la direction de Jean-Yves Ruaux, aux éditions du temps, 20€.

 

 

 

 

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