« Sex in the Navy » @Camille Emmanuelle

La chronique érotico-culturelle de Camille Emmanuelle

Cet article a été publié sur LorenzodeParis.com

illus-fred-bernard-MARINE-300x241

En 72h j’ai : mouillé deux fois, tenu la barre pendant des heures, touché plusieurs nœuds, approché des bittes et failli être enfournée. Je reviens d’un stage de navigation, et si mon esprit est mal tourné, c’est que je suis partie sur ce voilier toute seule. Enfin seule, non, je ne suis pas Florence Arthaud, c’était un stage UCPA avec un chef de bord et un équipage. Mais j’avais laissé mon amour à quai. Un drame marin. Car j’ai découvert que la voile est une activité extrêmement érotique et donc me suis sentie extrêmement frustrée. Vous ne me croyez pas et pensez que je vois ENCORE du sexe partout?

D’une part, non c’est faux, dans le VTT par exemple je ne vois rien d’érotique, d’autre part je vais vous faire la démonstration élémentaire, et ceci en trois parties.

Un mélange des genres
Dès le premier jour de stage, j’ai été très claire avec l’équipage masculin en leur indiquant que je n’allais pas gérer la cuisine. Ceci non pas par conviction féministe, mais par souci altruiste. S’ils voulaient bien manger, il ne fallait pas faire appel à mes pauvres talents de cuisinière. Ce sont donc les hommes qui se sont mis aux fourneaux. Pendant ce temps là, j’ai pu endosser un rôle « viril » en dressant le spi, en grimpant sur le mât, et en criant « changement de cap » d’une voix forte et autoritaire. Mais le lendemain, quand, après une nuit éprouvante car agitée, je me suis réveillée épuisée, je suis redevenue quelques instants une petite chose fragile, et ai abandonné l’équipage pour une petite sieste. Quel plaisir, ces allers-retours dans les conventions de genre. Ni sexe fort, ni sexe faible. Comme lors de l’acte sexuel. Quand on passe d’un rapport de domination à celui de soumission, et inversement, en quelques secondes. Quand on baise et qu’on se fait baiser alternativement. Regardez un équipage au loin, par temps de pluie : avec les cirés, les bottes, et les bonnets, il est difficile de distinguer les hommes des femmes. Même si l’altérité créée le désir, l’ambigüité des genres, et l’androgynie des corps, telle qu’elles existent sur un navire et rarement ailleurs, sont des situations très excitantes. Trop intello mon argument numéro 1 ? Ok, abordons à présent la question du ressenti physique.
Un rapport à l’environnement sensuel
Le principe du rapport à l’espace, sur un voilier en mer, c’est le mouvement oscillatoire. D’avant en arrière  ou d’arrière en avant (le tangage), de gauche à droite ou de droite à gauche (le roulis). Ces mouvements, dans l’espace exigu  et confiné qu’est le voilier, obligent le corps à ne jamais rester en position verticale. On se courbe, on enfourche, on s’agrippe, on s’accroupit, on s’allonge, on se baisse, on fait tout sauf rester debout, tout droit. Une gymnastique des corps  similaire à celle d’un couple dans un lit. Ça c’est pour le mouvement. Mais si l’on ferme les yeux, qu’entend-on? Les clapotis de l’eau, les vagues filant contre la paroi du bateau, le frottement des cordes humides dans le winch. Si l’on ferme les yeux, on entend des baisers, des corps trempés de sueur qui glissent l’un contre l’autre, des sucions de sexes mouillés. Tout cela n’est que fantasme, et j’oublie la réalité des corps ? Non, car le corps marin est érotisé.
Un corps érotisé
Lors d’une croisière en voilier de plusieurs jours, on ne se lave pas. Ou peu. Une toilette de chat. Ce n’est pas glamour ? Certes. Mais ceci n’est pas sale, comme dirait le Doc. Au contraire. Par un phénomène étrange, on ne pue pas. Avec les embruns, la peau se sale, mais ne transpire pas, avec le vent, les cheveux s’emmêlent mais restent normaux. Au bout de quelques jours, le marin, homme comme femme, a les cheveux blondis, la peau salée, imprégnée des odeurs du large, bref un corps ni parfumé, ni chouchouté, mais chaud, vivant, j’ai envie de dire « prêt à être goûté ». Pour les hommes, la barbe de trois jours, et les cheveux fous-fous rajoutent du charme à l’ensemble. J’ajouterais cependant un bémol à ce tableau sensuel. L’effet « viril-buriné comme Kersauson » ou « sexy-nature comme Maud Fontenoy » ne marche qu’à la condition de ne pas être « malade comme Vomito ». Là, je vous l’accorde, ma théorie ne tient plus. Mais pour résumer : une ambigüité des genres, un espace sensuel, un corps érotisé… la voile est une activité qui offre un réel terrain propice au joies du sexe.
Si vous ne savez pas quoi faire cet été, pensez stage de voile UCPA. Pour conclure en finesse, une blague circule au sein des stagiaires de voile : « – Sais-tu ce que veut dire UCPA ? – Non – Un Coup Par Arrivage ».
CQFD.

Camille Emmanuelle

Camille Emmanuelle

Les commentaires sont fermés.