« Love is in the air » @Camille Emmanuelle

La chronique érotico-culturelle de Camille Emmanuelle

Cet article a été publié sur LorenzodeParis.com

love is the air

Oh my god. Oh my god. Oh my god. Je suis à New York. Je fais ma Carrie Bradshaw (l’héroïne de Sex and the City). Mais je suis, plus exactement, à Brooklyn. Donc je bois de la bière et non des cosmopolitains, je vais acheter mes escarpins dans les « second hand shops » et non chez Jimmy Choo, je mange des saucisses ukrainiennes et non des sushis. Je fais ma Carrie Bradshaw du pauvre, en quelque sorte.

New York, je n’invente rien en affirmant cela, est une ville vivante, bruyante, pleine de vie. Elle est épuisante mais en même temps elle apporte beaucoup d’énergie, et elle nourrit notre imaginaire. Un peu à l’image d’une jolie partie de jambes en l’air. Entre les endroits interlopes, les shows de strips, et les artistes borderline, les sujets erotico-culturels ne manquent pas, dans cette ville.  Mais j’ai choisi de vous parler d’un concept que je trouve drôle et totalement con, développé par nos amis les ricains : le Air Sex.

Vous voyez le Air Guitar ? Et bien c’est pareil, mais sans guitare. Vulgaire ? Oui, sûrement. Mais marrant. A l’origine de cette discipline, un américain, Chris Trew. Il y a quatre ans il entend parler de japonais qui font des shows de air sex. Il les contacte, car il veut les challenger. Chris n’aura jamais de nouvelles d’eux, par contre cela ne l’empêchera pas de monter une compétition annuelle tournant dans tous les Etats-Unis. Les shows, malgré leur esprit au 23ème degré, sont organisés sérieusement, avec des éliminatoires, des règles (pas de nudité), des récompenses, etc. « On espère devenir un sport olympique », m’explique Chris lors d’un échange de mails. En France Yann Olejarz, l’organisateur des Panic !Cinema a organisé récemment des shows de Air Sex, à Paris. Mais étant à New York, je veux rencontrer un champion américain. Un vrai. Je prends donc rendez-vous avec Dirty D. Mon boyfriend, qui est avec moi à New-York,  s’inquiète un peu de cette interview : « Mais euh…. il va te faire une démo ? » .

Je retrouve Dirty D à une terrasse de café à Williamsburg. Je suis française et journaliste : je commande un verre de blanc. Il est new yorkais et il est 18h : il commande un café latte. Dirty a un joli look de hipster, porte une fine moustache et a les cheveux gominés. Dès les premières minutes, il m’explique très sérieusement qu’il passe une année en « off » mais qu’il va bientôt reprendre les entrainements, qu’il travaille sur des nouveaux concepts, et qu’il compte bien gagner. « I can be a champion », me dit-il, droit dans les yeux. En 2010 il a gagné les finales à la Nouvelle Orléans. Mais en 2011 il a perdu face à un compétiteur qui a fait du air sex zoophile. Et lui est plutôt « old school » dans son art. « Yes, yes, I see… », je lui réponds, ne voyant pas du tout de quoi il me parle. Il m’explique que du air sex réussi, c’est quand le public a vraiment l’impression que l’homme ou la femme sur scène fait l’amour à un fantôme. Quand le mime est parfait. S’en suit un dialogue absurde.

–       « Oh NOW I see. You are like the Mime Marceau, but with sex!

–       The what ?

–       No no laisse tomber.

–       Sorry ?

–       I say :  let it drop.»

Même s’il répète, et réfléchis bien en amont à tous les mouvements, il improvise tout sur scène, en musique. Mais il doit tout de même penser au poids de sa partenaire fantôme, à la taille de ses jambes, etc, pour que les positions et les enchaînements soient réalistes. Il y a étonnamment souvent plus de filles que de garçons, qui participent aux concours. Et c’est plus compliqué pour elles, m’explique t-il, car elles doivent toujours penser à « where is the penis ». Mais oui. On oublie souvent que le sport est aussi une question de tactique et de positionnement dans l’espace. A part la règle de la non-nudité, qui leur permet d’ailleurs d’échapper à la censure américaine, tout est possible. « Un des meilleurs performers que j’ai vu est obèse, et c’est un véritable sex-god ».  Le public, qui rit, crie, et applaudit, est fidèle, il y a même de véritables fan-clubs qui se sont créés. « And your girlfriend, is she a fan, too ? », je lui demande. Il se marre et m’explique que oui, qu’elle lui donne des conseils, le coache, et même le filme pendant les compétitions.  Car tout cela, finit-il par m’avouer, est un jeu. Sur scène, il est Dirty D., un personnage tout droit sorti des films porno 70’s, mais dans la vraie vie il s’appelle Dustin, est ébéniste à Brooklyn, et est très amoureux de sa petite amie. A tel point qu’il s’est fait tatoué sur l’avant bras le petit nom qu’il lui donne. A New-York, sex, but surtout love is in the air.

Camille Emmanuelle

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