« Le saltimbanque pornographique » @Camille Emmanuelle

La chronique érotico-culturelle de Camille Emmanuelle

Cet article a été publié sur LorenzodeParis.com

le saltimbanque pornographiqueTeen, MMF, shemale, ebony, POV, gang bang, brunette, CFNM, bondage, BDSM, submissive, amateur, homemade, rimjob, blow job, cum shot, asian, ladyboy, black, granny, german, bukkake. Si vous n’avez aucune idée de ce que sont ces mots, c’est que ou vous avez plus de 40 ans, ou vous allez peu sur internet, ou vous êtes hypocrite, ou vous êtes une femme, ou vous êtes ultra religieux. Ou vous êtes tout cela à la fois, et… oh mon dieu ! Vous êtes Christine Boutin! Mais qu’est-ce que vous foutez là ?

Ces mots sont donc des tags, des mots-clés utilisés pour trouver des vidéos sur les sites pornos, type YouPorn et cie.  Il n’y a pas une chose qui vous choque à leur lecture ? Je ne parle pas de « homemade » qui fait penser à une de recette de cuisine, ni de « granny », qui fait penser aux pommes. Non, ce qui me choque, moi, c’est qu’ils sont tous en anglais. Je ne suis pas Jacques Toubon en blonde, je ne défends pas à tout prix la langue française. Mais tout de même, nous sommes le pays de Casanova, d’Apollinaire, de Sade, et de Pierre Louÿs. Un pays où les mots du sexe, les textes licencieux, la langue érotique et les rimes pornographiques ont leurs auteurs et leurs amateurs. Mais le porno sur internet étant non seulement un business international, mais aussi un business en grande partie américain, il a exclu la langue française.

Heureusement il existe un homme, un poète, un chevalier de la rime, Pendy Offmann, qui, dans tout Paris, déclame de la poésie porno. De la pornésie. Barbichette, look de dandy de début du siècle, lunettes fines et écharpe en soie, il déambule sur les terrasses parisiennes et demande aux gens des mots, qu’il note dans un carnet. Dix minutes plus tard, il revient pour déclamer sa pornésie. Il fait rire-beaucoup, il choque- un peu. Son style peaufiné, son amour des mots bizarres, sa maîtrise de la métrique et du rythme font qu’il arrive à créer quelque chose de beau à partir d’histoires de sodomies et de levrettes.

Je le rencontre à la terrasse du Petit Trianon, à Pigalle. Il est en train de lire son poème à  deux jeunes et jolies filles assises à la terrasse. Il parle pénétration, elles sourient. « Je veux provoquer une émotion humoristique, me dit-il, car le rire est une forme de jouissance intellectuelle ».  Défenseur du porno ? Plutôt défenseur de la poésie. Celle-ci ne se vend plus en librairie, n’est présente dans aucun média et souffre d’une image scolaire (cf la fameuse poésie du Dormeur du Val apprise par cœur). Le porno est donc une simple porte d’entrée pour son combat poétique. Mais tout le monde n’apprécie pas cet art. Certaines personnes peuvent être rustres. Il y a déjà eu quelques réactions négatives de la part des clients en terrasse. Un jour un patron de café l’a même viré manu militari. C’est ballot, car personnellement, si je suis en rendez-vous amoureux, sur une terrasse, et que je ne sais pas comment briser la glace, et bien je préfère que quelqu’un vienne nous proposer un poème sur la fellation, plutôt que des roses ou un briquet chinois fluo qui fait du bruit. Certes, il n’est pas facile après d’enchainer (« J’adore Rimbaud… Pas toi ? ») Mais au moins vous pouvez tester le sens de l’humour de votre soupirant(e), et ça, ça vaut toutes les roses du monde.

Avant de quitter Pendy, nous parlons pseudos. Le sien est une contraction de Penseur et de Dandy, le mien un clin d’œil au film culte. « Je vais t’écrire une pornésie, à partir de ton pseudo, m’annonce-t-il. Donne-moi neuf autres mots ». Le lendemain, sur ma boîte mail, je reçois un poème. Et rougis, comme une collégienne.

« Rue de Bretonne Foie de Pigalle

Elle badinait Bardinet martinet

Sur les hauteurs douce Mygale

La bouche ouverte dès Potron Minet

Camille Emmanuelle virevoltait

De portes cochères en porte-jarretelles

De petits seins en bilboquet

Elle entrouvrait, Détective, Bagatelles

Quels seront les appétits Berbères

où les Levrettes attendent les Coulisses

Jouissent tour à tour les Cerbères

En belles Chroniques ou les Cous glissent. »

Camille Emmanuelle

Où croiser Pendy Offmann : le Café Charlot (3ème), L’Endroit (17ème), Le Saint-Jean (18ème), le Café de Flore (6ème). A lire : Pornésies, de Pendy Offmann, 12€50.

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