« Dirty dirty words » @Camille Emmanuelle

La chronique érotico-culturelle de Camille Emmanuelle

Cet article a été publié sur LorenzodeParis.com

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Il y a quelques mois, cher lecteur, chères lectrice, je vous parlais d’un livre de chevet, un petit bijou d’intelligence, Les 100 mots de la sexualité.  Et bien j’ai depuis quelques semaines un nouveau livre de chevet, qui traîne à côté de ma lampe de collég, de ma collection de boules à neige, de ma bouteille d’eau, et de ma photo de luchador mexicain. Il s’agit de L’argot d’Eros, de Robert Giraud. L’auteur, ami de Robert Doisneau, était bouquiniste. Il a écrit sur les prostituées, les sans-logis, les bistrots, et l’argot, donc. Après L’argot du bistrot, les éditions de la Table ronde ont eu la riche idée de publier récemment ces définitions de mots argotiques liés au sexe.  Des mots entendus dans la rue, mais aussi lus dans les textes d’Alphonse Boudart, d’Henry Miller ou de Pierre Devaux. Je lis San Antonio, adore Audiard, et parle parfois malgré moi comme mon arrière-grand-mère (je dis, par exemple, passage clouté à la place de passage piéton…). Il y avait donc de grandes chances que ce livre me plaise. Je ne fus pas déçue : j’ai découvert des expressions et mots truculents, poétiques, vulgaires, gourmands, sales, drôles, joyeux, bizarres, imagés, coquins, ou paillards. On s’amuse, en les lisant, à chercher le lien entre le signifiant et le signifié. Il est parfois très obscur. Autant qu’un godemichet soit appelé « homme à ressort », on comprend bien, autant on se demande qui a eu l’idée un jour de  dire « tutoyer le pontife » pour signifier « faire une fellation »… Tout ceci est un peu vieillot et nostalgique, me direz vous. Certes, mais il n’empêche que si je vous racontais, dans cette chronique, en détail, une partie de jambe en l’air dominicale, avec des mots actuels, je passerais pour une impudique. Alors que si je me mets à l ‘écriture  argotique, tout d’un coup, c’est plus poétique. La preuve :

« Un dimanche, après le déjeuner, l’envie me vient de me payer le café du pauvre. Je fais donc comprendre à mon coquin que je veux faire la chose. J’ai la chounette en sinapisme. Mais je n’ai pas le temps de me décarpiller qu’il extirpe de mon corsage toute ma laiterie, les balottes de plaisir découvertes. Oh je l’ai dans le raisin, cet homme orchestre ! Après qu’il soit descendu au café des Deux Colonnes, celui où se blottit le temple de Cypris, je me sens une vraie saute au paf et décide de m’occuper du cigare à moustache et d’agacer le sous-préfet. Nous faisons ensuite criquon-criquette, jusqu’à avoir les doigts de pied en bouquet de violettes. »

C’est quand même plus marrant que les dirty words entendus dans les pornos actuels, non ? Dans un film américain récemment visionné, la fille avait un seul mot en bouche – si j’ose dire – et c’était le mot « fuck ». Au bout de deux minutes j’avais envie de l’interrompre et de lui crier : « Heho ! Achète-toi un dico des synonymes, ma cocotte ! Tu nous saoules, là avec ton « fuck fuck fuck» ! » Bon, comme ça ne sert à rien de parler à un écran je me suis tue. Et ai coupé le son.

Ne vous méprenez pas, je ne dis pas qu’en pleine action on doive sortir, tout d’un coup : « dis donc chéri, tu ne voudrais pas me gamahucher la chouse ? ». Cela sonnerait super chelou. Mais entre l’ancien langage fleuri de la rue et celui appauvri de Youporn, il y a j’en suis sûre des entre-deux. Un langage à inventer, à deux. Car l’inventivité va de pair avec une jolie sexualité.

Au plaisir, à la revoyure, et bonsoir la compagnie,

Camille Emmanuelle

L’argot d’Eros, de Robert Giraud, aux éditions de la Table Ronde, Coll. La Petite Vermillon, 10€20.

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