« Oser le libertinage avant la fin du monde » @Camille Emmanuelle

La chronique érotico-culturelle de Camille Emmanuelle

Cet article a été publié sur LorenzodeParis.com

oser le libertinage

Un jour de septembre 2012. J’ai rendez vous avec Pierre Des Esseintes, qui a récemment écrit deux ouvrages : Osez le libertinage, aux éditions de la Musardine, et Manuel de survie en cas d’apocalypse, aux éditions Jean-Claude Gawsewitch.

Cette interview, je devais la faire au Moon City, le grand hammam/sauna échangiste de Pigalle, pendant un « brunch libertin ». Je devais me retrouver dans la moiteur du lieu, habillée d’une simple serviette, un stylo dans une main, une fraise piochée sur le buffet dans l’autre. Finalement, nous nous retrouvons bien à midi, mais je suis chez « Gigi », une pizzeria de Levallois-Perret, habillée normalement, avec toujours un stylo dans une main, mais un morceau de Quatre Saisons dans l’autre. Gigi, je précise, n’est pas une pizzeria libertine. Mais c’est plus proche du lieu de travail de mon interlocuteur, qui a peu de temps à me consacrer.

Je le sens, chers lecteurs, vous êtes déçus. Moi aussi. Chez Gigi ils ont la télé, qui est -c’est très étrange-  branchée sur la chaîne Gulli. Et le seul lien -infime- avec mon sujet est la carte du resto, où il est écrit qu’ils servent une escalope « putanesca »… Mais peu importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse, non ?

Je me retrouve donc face à Pierre Des Esseintes. Un beau quadra, aux yeux bleus et à la voix douce. J’ai lu ses textes. Ils sont drôles, et subtils. Je suis pourtant très sceptique : je ne suis pas libertine, et ne crois pas du tout à la fin du monde. Mais après une heure d’interview, je trouve, tout de même, cinq raisons pour oser le libertinage avant l’apocalypse.

1/  Vous apprendrez de nouveaux mots en -isme

En étudiant (ou en pratiquant) le libertinage, on découvre que celui-ci ne se limite pas à l’échangisme. On confond souvent les deux termes. Or il y a plein de pratiques libertines diverses. Le candaulisme : une sorte de voyeurisme, où l’on prend du plaisir à observer sa partenaire prendre du plaisir avec d’autres que soi. Le côte-à-côtisme : quand deux couples font l’amour côte-à-côte (oui, ils ne se sont pas foulés sur le nom). Le mélangisme : une forme d’échangisme, mais on s’échange des caresses, il n’y a pas pénétration. Il y a aussi bien sûr le triolisme et l’exhibitionnisme. Alors que Pierre me parle, j’invente des mots dans ma tête… Le « deuxminutesdouchecomprisme », le «roccosifredisme », l’« anticunnilinguisme »…

2/ Vous arrêterez enfin d’être snobs

Pierre m’explique comment le libertinage s’est, dans les années 90, à travers le phénomène des clubs, démocratisé. Pour le meilleur et pour le pire. Certains clubs sont sérieux, bien gérés, et de qualité. D’autres beaucoup moins. Quoiqu’il en soit il m’assure que dans ces soirées, il n’y a pas de jugements sur tel ou tel look, que l’on se sent vraiment bien. Je lui rétorque que cela s’est peut-être démocratisé, mais que j’ai lu, dans son livre, que les femmes ne pouvaient pas venir en pantalon, et que les hommes ne pouvaient pas rentrer en jean. Hello! En 2012…

Bonjour la ringardise. « Mais c’est dans les lieux les plus simples qu’on s’amuse le plus. Au Bilitis, en Bretagne, par exemple. Bon après, je l’admets, quand tu baises dans un salon et que les gens passent à côté de toi en faisant la chenille, c’est spécial ». J’éclate de rire et manque de m’étouffer avec ma pizza.

3/ Vous serez super safe

On trouve, au sein du Osez, un guide du safe sex libertin. C’est assez rare dans les ouvrages sur le sujet pour le préciser. Certes, à la lecture du chapitre, on a un peu l’impression de se retrouver dans un cours de biologie de 4ème C avec Mme Moreau. Mais si vous vous lancez, petits coquins, dans ces pratiques, « c’est essentiel de connaître les risques et les moyens de les éviter ». Et ce n’est pas parce que c’est la fin du monde qu’il faut jouer au con. Imaginez que ce n’est pas vraiment la fin du monde. Un peu comme ces illuminés qui ont des abris anti-nucléaires et qui vont se retrouver avec un stock de sucre et de farine sur les bras ; vous pourriez vous retrouver avec d’autres choses, et pas sur les bras.

4/ Vous serez pote avec Raël

Il est libertin, et dit avoir rencontré, lors de son voyage en soucoupe volante, Jésus, Mahomet, Moïse et Bouddha.

La dream team. « Beaucoup de personnes deviennent raëliens juste pour le côté partouze », glisse-t-il dans la conversation. Et lui alors, croit-il vraiment à la fin du monde ? « Pas en décembre 2012, mais oui, je crois qu’on n’en a plus pour longtemps. Il suffit de lire les études actuelles sur l‘écologie pour en être persuadé. ». Ça m’angoisse, je commande un tiramisu.

5/ Vous serez prêt pour l’exobiophilie

Ce joli terme désigne les personnes qui fantasment sur l’idée de faire l’amour avec un extraterrestre. Genre E.T. Ou Roswell. Ou Jabba. Si ce mot existe, c’est qu’il y a forcément plus d’une personne sur terre qui a ce fantasme, ce qui me fait beaucoup rire. Je demande à Pierre : « Vous êtes exiobiophile, vous ? ». J’ai comme l’impression qu’il a lu ma précédente chronique, puisqu’il me répond, sourire au coin : « Cela dépend. Est que la Bretagne est considérée comme une autre planète ? »

Camille Emmanuelle

Osez le libertinage, Pierre Des Esseintes, éditions de la Musardine, 9€.

Manuel de survie : en cas d’apocalyspe et autres situations extrêmes, Pierre Des Esseintes, éditions Jean-Claude Gawsewitch, 12€.

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