« Gourmandes » @Camille Emmanuelle

La chronique érotico-culturelle de Camille Emmanuelle

Cet article a été publié sur LorenzodeParis.com

gourmandes

Je suis une gourmande. J’aime manger, savourer de bons plats, découvrir de nouveaux produits et de nouveaux restaurants, goûter de bons vins, craquer sur des pâtisseries, et discuter avec mon fromager. Pourtant, je suis une buse en cuisine. Une brêle. Une catastrophe. Une quiche. À ma décharge, j’ai eu une éducation culinaire assez basique, à base de riz, pâtes, surgelés, et petits pois en boîte. J’ai découvert la bonne cuisine, et également à quoi ressemblait une gousse d’ail, à 19 ans, quand j’ai quitté le domicile familial.

Ce qui est drôle (enfin ce n’est pas hilarant non plus, hein, c’est juste amusant), c’est que j’ai aussi découvert le sexe à 19 ans. Dès lors je pense avoir toujours associé plaisir de la chère et plaisir de la chair.
J’avais écrit, il y a quelques temps, une chronique sur où manger après une bonne partie de jambes en l’air. Depuis on m’a dit: « Mais pourquoi n’écris-tu pas sur : que cuisiner à un(e) amant(e) pour le ou la séduire ». Hahaha la bonne blague. Un jour, à 23 ans, j’ai appelé ma belle-mère, inquiète, car dans une recette il était indiqué: faire cuire les pommes de terre, les plonger dans l’eau froide. J’avais mis mes pommes de terre dans une casserole pleine d’eau froide, je les avais regardées, rien ne s’était passé. Bloooonde.
Depuis j’ai fait des progrès, mais j’ai surtout fait en sorte de tomber amoureuse de bons cuisiniers. D’autant plus que je trouve peu de choses aussi érotiques dans la vie que de voir quelqu’un que l’on désire cuisiner pour vous. Cela me met dans tous mes états. Ce sont comme des préliminaires, mais par procuration. Il y a de la sensualité : la crème qu’on remue dans la casserole, la sauce qu’on goûte en se léchant les doigts, le légume qu’on épluche doucement. Il y a aussi de la force: les ingrédients tranchés rapidement, la viande un peu malmenée, la pâte malaxée… Miam.
Vous allez me dire: je pourrais apprendre à cuisiner, à partir de livres de recettes. Certes, mais dans ma bibliothèque j’ai: La cuisine pour les nuls, La cuisine pour les paresseuses, La cuisine pour les débutants. Rien sur la cuisine pour choper. Pour l’homme marié quadra, des plats qui lui rappelle la période où il était étudiant, célibataire et vigoureux : des knackis avec des pâtes et du ketchup? Pour le jeune hipster à moustache, des produits qui ne viennent que de New York ou de Tokyo : un sushi-hot dog? Pour le psychorigide maniaque du ménage, un menu qui fait des miettes pour bien le détendre : brick à la fêta et tarte aux pommes? Pfiouuu c’est compliqué.
J’étais donc ravie quand des amies m’ont parlé de Ma cuisine de lesbienne. Un tout nouveau livre écrit par Océanerosemarie, auteur et comédienne du one woman show « La lesbienne invisible ». Cette jolie rousse, maîtresse de l’auto dérision, raconte ses dîners fictifs avec sept stéréotypes de lesbiennes, se met en scène en photo avec chacune des filles, et agrémente ses récits de vraies recettes. Il y a la Lesbienne refoulée, un peu dyslexique, et qui donc prononce Gouine amann au lieu de Kouign amann. La Butch (ma préférée), spécialiste du poulet fisté. Un poulet cuit avec, dans le c..l, une canette de bière. L’hétéro allumeuse, qui sur chaque photo est allongée langoureusement, a-dore le gingembre, minaude à mort mais finalement va se coucher. La SM, qui aurait voulu préparer du Fugu, le poisson japonais dangereux, mais qui n’en a pas trouvé et donc a acheté du cabillaud. Océanerosemarie va aussi dîner avec la Gouine branchée, et la Lesbienne biobio.
Ce petit livre est comme le Dico du Look, mais version culinaire, à lire que l’on soit lesbienne, gay, hétéro ou trans. Il m’a fait rire à chaque page (or femme qui rit, femme à moitié …), et j’ai bien noté la recette du carpaccio de saint jacques au gingembre, celle de l’Hétéro allumeuse. Je suis prête à cuisiner, et peut être à plaire, aux filles qui aiment les filles. Et puis je rajouterai MA recette perso. Quelques centilitres de bon vin, une pincée de sourires, un fond de musique cool, un assortiment de dentelles, un bouquet de transparences, un morceau de fesses dévoilé, et des poignées de baisers humides. À mijoter sous la couette pendant quelques heures.

Camille Emmanuelle

Ma cuisine de lesbienne, Oceanerosemarie (photos : Valérie Archeno ; Cordon rose : David Courtin), Editions Des ailes sur un tracteur. 18,90€.

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