« Boys boys boys » @Camille Emmanuelle

La chronique érotico-culturelle de Camille Emmanuelle

Cet article a été publié sur LorenzodeParis.com

boys boys boys

À moins d’avoir, ces deux dernières années, hiberné dans une grotte du Larzac ou vécu dans un phare du pays bigouden ,vous avez sûrement remarqué que la tendance « new burlesque » avait déferlé en France. Que ce soit dans la pub avec Dita Von Teese, au cinéma avec l’excellent film de Mathieu Amalric  Tournée , ou dans les salles de spectacles parisiens, vous ne pouviez pas y échapper.

Créés au milieu des années 90 aux Etats-Unis, les shows «new burlesque » mettent en scène des femmes qui s’ « effeuillent » en musique. Qu’elles aient des corps de pin ups ou qu’elles soient girondes, qu’elles soient fatales ou enfants, elles ré-interprètent et se jouent des codes de la féminité avec beaucoup de générosité et de sensualité.

Il y a deux ans, fascinée par les vidéos que je voyais sur youtube, je me suis inscrite à des cours de burlesque avec la performeuse Gentry de Paris. Une de ses premières phrases fût : « une strip-teaseuse se déshabille pour un client, une danseuse de burlesque s’effeuille pour un public ». Un public où il y a souvent plus de femmes que d’hommes. Des femmes qui sifflent, crient, applaudissent lors de ces shows.

Car oui, on a beau porter des jeans un jour sur deux,  on aime voir sur scène des femmes ultra-glamour, avec de vrais corps de femmes, se déshabiller. On aime leurs corsets, leurs plumes, leurs faux-cils, leurs robes lamées, leurs talons, leurs bas, leurs danses, leurs paillettes, leurs nippies (cache tétons), leur rock and roll attitude. Enfin je dis « on », car j’aime bien parler au nom de la moitié de l’humanité, je me sens ainsi moins seule.

Cet hiver s’est joué à Paris au Théâtre de la Cité Internationale et au 104, un spectacle fabuleux : le Cabaret New Burlesque , créé par Kitty Hartl et dont les danseuses sont les actrices du film  Tournée . Dans la troupe, un seul homme, Rocky Roulette. Rocky (qui ressemble Owen Wilson, mais là je suis hors-sujet) représente un genre à part entière venu également des Etats-Unis et d’Angleterre, et qui n’a pas –encore- déferlé en France. Je veux parler du « boylesque », ces hommes qui s’effeuillent, en musique.

Comme dans le burlesque féminin, ils ont des costumes, endossent des personnages, racontent une histoire. Plus clowns que chippendales, ils font rire le public -beaucoup, le provoquent –un peu, le séduisent-souvent.

En Angleterre, Lord Daswhood, très classique, se déshabille en jouant un homme de la haute société victorienne. Au Canada l’excellente troupe Boylesque To n’hésite pas à mettre à mal les rôles masculins contemporains. Dans leur numéro « Backstreet dads », ils jouent de jeunes pères de famille déprimés qui se retrouvent autour d’un banc, avec poussettes et landeaux. Tout d’un coup, sur un tube des Backstreet Boys (oui, oui, les Backstreet Boys) , ils se lancent dans une chorégrahie/strip-tease hilarante, les poussettes à l’avenant.

Enfin saluons le grand gagnant du prix « Best Boylesque » au festival Miss Exotic World de Las Vegas, le festival référence en burlesque mondial. Il s’appelle The Evil Hate Monkey. Lors de la compétition, il jouait son personnage habituel…  un homme avec des oreilles de singe. Cette fois-ci, en tenue de danseuse, tutu en tulle et body rose, il a effectué un strip chorégraphié, sur un morceau de rock, sur des pointes. Oui, bon, d’accord, la description ne fait pas rêver, mais je vous assure que c’était drôle. À Paris, le boylesque est représenté par le danseur et chorégraphe américain Brian Scott Bagley, qui s’est récemment produit à la Machine du Moulin Rouge lors d’une soirée retro-music-hall.  Mais il n’y a pas beaucoup, pas assez de shows.

Les filles du new burlesque ont réussi, avec humour, générosité, sensualité, à se moquer du culte de la femme- Barbie. Et ça a plu aux femmes et aux hommes. Les garçons du boylesque peuvent aussi faire rire et séduire en se moquant du culte de l’homme-Big-Jim. Cela plaira si cela est fait avec talent.

Come on, messieurs les frenchies, êtes-vous prêts à monter une troupe de boylesque « à la française » ? Retrouvez vos chapeaux de cow-boys, vos oreilles de singes, vos casques de pompier ou vos bonnets de marin.

Je me dévouerai pour le casting et ne serai pas en retard. Promis.

Camille Emmanuelle

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