« Leçon très très particulière » @Camille Emmanuelle

La chronique érotico-culturelle de Camille Emmanuelle

Cet article a été publié sur LorenzodeParis.com

lecon très particuliere

Il ne faut jamais dire « fontaine je ne boirai jamais de ton eau ». Et il ne faut jamais dire « sex toys je ne ferai pas de chronique sur vous ». Je critique régulièrement la mode sex toys et tous les articles sexos des magazines féminins sur ce sujet. Un culte de la sexualité épanouie, basé sur « ayez 3 orgasmes par jour, achetez 12 sex toys, et testez les nouvelles tendances sexos, sinon vous êtes tous des gros ringards et ringardes ». Bon j’exagère un poil, mais dans ma philosophie-cul, je prône la discussion plus que la consommation, l’ouverture de l’imaginaire érotique plus que l’achat d’accessoires en plastique.

Mais comme il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, j’ai invité, un soir, chez moi, Alexia, co-fondatrice du site Lesdessousduplaisir.fr. Un love shop en ligne, spécialisé dans la vente à domicile. Le site a deux ans, et intègre un blog plutôt bien écrit, parlant plus de plaisirs que d’objets, de découvertes que de recettes. C’est une amie (dont je garderai l’anonymat, parce que je suis une meuf sympa) qui m’en a parlé.

On sonne donc à ma porte, un mardi soir, à 18h. J’ouvre : Alexia n’est pas vraiment une vendeuse Tupperware. C’est une jolie trentenaire, pétillante et énergique. Je suis prête pour ma leçon particulière : j’ai sorti le champagne (ben oui, mince alors, on va parler de plaisir, pas de politique internationale), Alexia, elle, étale délicatement des objets sur une grande nappe en satin noir. J’ai peur de la voir déballer vingt cinq godes multicolores, mais je suis surprise, il y a à boire et à manger, si j’ose dire. Elle m’explique : « je vais te présenter de la cosmétique érotique, des accessoires, de la lingerie et des objets de plaisir. Ah mince… je n’ai pas pris les accessoires de couples ». Oh zut… Ah mais non en fait m’en fous, suis célibataire. On commence par les produits gourmands. De la poudre gourmande au miel, des bougies de massage, de la peinture de corps, etc. Je veux tester la peinture, mais je me trompe de flacon, je prends celle pour peaux noires. Je me retrouve donc avec sur la main une espèce de liquide blanchâtre légèrement transparent. Je croise le regard d’Alexia. On pense à la même chose. Rires bêtes. Bon, on se reprend, ce n’est que le début de la leçon. Elle me parle des menottes en moumoutte, des nippies (cache-tétons), des lubrifiants, des rolls-ons stimulants. Je l’écoute d’une oreille, mais joue avec trois dés, avec des mots écrits dessus, indiquant des jeux érotiques. Je crois qu’elle a compris que j’étais une élève dissipée. « Vas-y, lance les dés», soupire-t-elle. Je tombe sur trois mots : « Mordre », « Fesse », « Sur la table ». Alexia est très charmante, mais je suis professionnelle avant tout, ce n’est pas le moment pour jouer. Je fais un sourire gêné et repose les dés.  Le jeu, justement, est au cœur de la discussion. « Je veux que les gens retrouvent du jeu dans leur couple. Dans les réunions, en parlant avec les femmes, je réalise que les caresses, et pas forcément le sexe, sont inexistantes dans le couple au bout de plusieurs années de vie commune. En plus, utiliser à deux un objet de plaisir, ne serait ce que trois fois par an, permet d’amortir des conversations de couple sur le sexe ». Je l’écoute avec attention,  on sent chez elle un désir de conseiller, de décomplexer, de déculpabiliser ses interlocutrices. Mais je lui rappelle que je suis célibataire, et que même si je rencontre quelqu’un, je peux difficilement tester cela au début de la relation. Exemple : offrir à un amant la première nuit, « Excès de vitesse », un gel qui fait en sorte que « ça » dure plus longtemps, peut se révéler un faux pas fatal.  Un FPF.

Nous passons donc aux choses sérieuses. Les fameux sex toys. Elle présente le canard, mais c’est vraiment trop kawaï pour moi. Elle m’avoue, elle, qu’« une fois qu’on a testé des vibros de qualité, et vraiment étudiés pour l’anatomie, on ne peut plus revenir au canard ». Je m’exclame : « Ah ouais, dis donc c’est comme moi, depuis que je me suis mise au lait de soja, le lait de vache, je peux plus ». Elle me regarde d’un air atterré. Je me tais. Et écoute ma professeure me présenter les trois types de sex-toys féminins principaux, correspondant aux trois orgasmes : clitoris, point G, et fond vaginal. Je les fais tous vibrer (dans ma main, bien sûr) Ils sont doux, jolis sans être cuculs, et ne font pas trop de bruit. Et si on ne doit en emporter qu’un sur une île déserte, lequel choisir ? « L’INA de Lelo », me répond Alexia sans hésiter. Un joli « rabbit » au design simple et épuré. On continue le cours, avec les sex toys masculins, les plugs anaux, etc etc. On digresse sur le manque d’éducation au plaisir dans notre société, sur la peur que peuvent susciter les sex toys chez certains hommes, sur les confidences et les questions qui sortent lors de ses réunions. La bouteille de champagne est terminée, j’ai pris plein de notes, rangé mon crayon et mon rabbit (ouais, j’ai craqué). Avant qu’Alexia ne s’en aille, je lui demande si j’ai été une bonne élève. Elle me regarde, amusée, et me lance : « ça,  je pourrais te le dire quand tu auras testé l’INA ». Oui. Bon. On va dire que ce sera l’objet d’une prochaine chronique. Fontaine, je vais sûrement boire de ton eau.

Camille Emmanuelle

 

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