« Le boom de la BD érotique » @Camille Emmanuelle

La chronique érotico-culturelle de Camille Emmanuelle

Cet article a été publié sur LorenzodeParis.com

le boom de la BD erotique

Été 1996, il y a quinze ans. J’ai seize ans, et je m’ennuie un peu chez moi. Je parcours la bibliothèque de bandes dessinées. Hugo Pratt je les ai toutes lues, Astérix c’est pour les gamins, Tintin est raciste (oui, je suis dans ma période « tous des fachos »), ah… celles là je ne les connais pas. Les quatre tomes du Déclic, de Manara. Je découvre, ce jour-là, la bande dessinée érotique. Un petit choc.

Été 2011. J’ai 31 ans, et je m’ennuie un peu chez moi. Je ne vis plus chez mes parents, mais pars à la découverte, en librairie, de nouvelles BD érotiques, à la recherche de ce petit choc vécu il y a quinze ans. Depuis deux trois ans, la production de cette littérature est très prolifique. Parmi les éditeurs qui se sont lancés sur le marché, il y a ceux qui rééditent des classiques oubliés (La Musardine avec Dynamite), d’autres qui mélangent réédition et création (Delcourt avec sa collection Erotix), et ceux ont fait le choix -risqué- de la création pure, et publient donc des auteurs actuels. Les Requins Marteaux font partie de cette dernière catégorie. Pour ceux qui ne connaissent pas cette maison d’édition indépendante, ce sont eux qui ont créé il y a quelques années la très drôle et très iconoclaste revue Ferraille. Ce sont également eux qui ont publié ce que je considère comme LE chef d’œuvre de bande dessinée des cinq dernières années : Pinocchio de Winshluss, une version punk du conte de Collodi, un album virtuose qui avait reçu le prix du meilleur album à Angoulême en 2009. Ils ont lancé récemment la collection BD Cul, avec trois titres : Comtesse de Aude Picault (épuisé à l’heure actuelle), Teddy Beat de Morgan Navarro etLa planète des Vulves d’Hugues Micol. Dans la lignée du magazine Ferraille, les ouvrages ont la forme de pastiches. Les trois titres reprennent quelques codes des anciennes BD érotiques super cheaps des années 70 (petits formats, slogans racoleurs en intro, typos old school sur la couverture et pubs ringardes en fin d’ouvrage). Les histoires et les illustrations, sont, elles résolument modernes. Les dessins fins et sensibles d’Aude Picault m’ont charmé, les traits faussement naïfs et colorés de Navarro m’ont réjoui, et le dessin rétro de Micol m’a séduit. Portée par cet enthousiasme, j’ai voulu en savoir un peu plus et posé quelques questions à Frédéric Felder, un des trois créateurs, avec Liza Mandel et Cizo, de BD Cul. Une interview à l’image de la collection : légère et cash. Ca m’apprendra à poser des questions sérieuses…

D’où vous est venue l’idée de cette collection?

Lorsqu’on partageait le même atelier, Lisa Mandel, Cizo et moi même faisions des blagues de fesses sans arrêt. Un jour alors que nous admirions la collection d’Elvi France de Cizo, nous nous sommes dit que ce serait vraiment trop bien de faire des livres du même genre avec des supers auteurs. Pourquoi pas ne pas demander à tous ces artistes que nous apprécions de part leur finesse ou leur maestria graphique de s’exprimer sur un genre devenu mineur, souvent de faible facture et dépourvu d’intérêt scénaristique : la bande dessinée de cul.

Comment analysez-vous le succès actuel des BD érotiques?

Alors là, j’aurais bien du mal à l’analyser, je n’étais pas du tout au courant. Mais si je devais deviner je dirais que ce succès est du à la solitude, la peur de l’échec, les défauts d’élocution et le manque de chance en général.

Vous touchez un public nostalgique de l’âge d’or de la BD érotique, ou un nouveau public?

Pour l’instant nos tirages sont encore trop confidentiels. Ce sont donc en premier lieu les lecteurs, fideles et curieux, de chaque auteur respectifs qui ont les premiers acheté Comtesse, La planète des vulves et Teddy Beat. Mais leurs rangs ne cessent de grossir. Que ce soit Aude Picault, Morgan Navarro, ou à venir Bastien Vives et Nine Antico, tout le monde veut découvrir la fesse cachée de ces intrigants et émoustillants auteurs.

La BD est encore (parfois malheureusement) considérée comme un sous-genre. La littérature érotique aussi (malheureusement aussi). La BD érotique serait donc un sous sous genre?

Est ce que la peinture sur soie est un sous genre de la peinture à l’huile ? Ou mieux encore Est ce que le hand-ball est un sous genre du volley-ball lui même un sous genre du badminton ?  Je pense qu’il s’agit là d’un sous-sous-sous débat.

Camille Emmanuelle